Avant 1949 déjà, l’Europe avait connu différents systèmes concentrationnaires : les camps nazis et fascistes, l’internement de civils par l’Italie, le Goulag soviétique ainsi que les camps et internements de l’après-guerre. Goli otok entre plus tard dans ce paysage, mais avec un rôle particulier : il naît après la guerre, dans une période où le pouvoir d’État est stable, en tant que camp intérieur d’un État socialiste dirigé contre ses propres citoyens accusés de non-conformité politique.
Ce qui est commun à la plupart des camps du XXe siècle
Quelle que soit l’idéologie, les systèmes concentrationnaires présentent souvent des traits semblables : l’isolement par rapport au monde extérieur, le travail forcé, le manque de nourriture et d’eau, une hiérarchie interne stricte ainsi que des rôles privilégiés confiés à certains détenus dans le maintien de l’ordre et de la discipline.
Ce qui fait la spécificité de Goli otok
Goli otok se distingue avant tout par le fait qu’il était un camp d’après-guerre destiné aux propres citoyens de l’État, désignés comme politiquement suspects. Il n’est pas né dans des conditions d’occupation ou de guerre ouverte, mais comme instrument de contrôle politique intérieur.
La particularité de Goli otok résidait aussi dans son mode d’administration. Le système a développé des méthodes de surveillance « autogérées », dans lesquelles certains détenus obtenaient une position privilégiée et participaient à la pression exercée sur les autres. Dans ce cadre se sont aussi formés des termes propres au camp, comme la « bande », le « boycottBoycottBas de la hiérarchie du camp et punition à la fois : les boycottés portaient des signes distinctifs, il était interdit de leur parler, et on pouvait les battre impunément. » et la « révision de la positionRévision de la position« Repentir » public pour des opinions que l’UDBA avait déclarées hostiles à l’État, et acceptation de collaborer avec l’UDBA. C’était la condition pour progresser dans la hiérarchie du camp. », qui faisaient partie du langage et des pratiques spécifiques du camp.
La particularité la plus marquante était la logique de la violence « de la victime contre la victime ».
On n’exigeait pas seulement des détenus l’obéissance, mais aussi une participation active à l’humiliation et à la punition des autres comme preuve de leur propre loyauté. La violence n’était ainsi pas seulement un instrument de contrôle, mais aussi le critère de la conformité politique.
Comment ce système fonctionnait
Le système reposait sur une hiérarchie de la survie. Les « révisés » pouvaient obtenir une meilleure position et un certain pouvoir, tandis que les « non-révisés » tombaient dans l’isolement, le boycott et les formes les plus dures de travail et de punition. Participer à la pression sur les autres valait une position plus facile, et refuser conduisait à de nouvelles punitions. Ainsi, la violence est progressivement devenue une norme interne de la communauté des détenus. Le mécanisme est décrit en détail dans le chapitre La rééducation à Goli otok.
Goli otok comparé aux autres camps
Comme d’autres camps du XXe siècle, Goli otok partageait les traits fondamentaux des systèmes répressifs : isolement, travail forcé, privations et hiérarchie. Mais il s’en distinguait par le fait qu’il fonctionnait après la guerre, contre les propres citoyens de l’État, et qu’il avait développé un modèle particulièrement poussé de contrainte interne dans lequel les détenus eux-mêmes étaient transformés en instruments de surveillance et de violence.

Glossaire
- Boycott
- Bas de la hiérarchie du camp et punition à la fois : les boycottés portaient des signes distinctifs, il était interdit de leur parler, et on pouvait les battre impunément.
- Révision de la position
- « Repentir » public pour des opinions que l’UDBA avait déclarées hostiles à l’État, et acceptation de collaborer avec l’UDBA. C’était la condition pour progresser dans la hiérarchie du camp.


